mercredi 29 février 2012

Le jour où mon cœur se brisa

 Casablanca, début juillet 1963 

Ça faisait un moment que le ventre de ma maman grossissait. Moi, je croyais que c'était parce qu'elle se retenait depuis hyper longtemps de faire pipi. Mais non, un jour elle m'a dit qu'il y avait un bébé dans son ventre. 

Pourquoi elle dit des choses aussi bêtes ? Comment peut elle croire que je vais gober une histoire pareille ? Il a fait comment le bébé pour se mettre dans son ventre ? En plus, ça ne doit pas du tout être confortable là dedans. Et puis, comment il fait pour manger , pour respirer ? Et après, il fait comment pour sortir ? Je me demande où ils trouvent des idées pareilles ! 

Pour lui faire plaisir, je fais comme si j'avais compris. C'est souvent le meilleur moyen pour que les grands nous laissent tranquille, moi j'ai autre chose à faire qu'à écouter toutes ces histoire à dormir debout. 

Le 5 juillet, papa nous annonce qu'on a une petite sœur, elle s'appelle Coralie. Je saute de joie, je courre partout, je la cherche. 

 "elle est où ma sœur, je veux la voir, je veux jouer avec elle" 

Papa nous dit qu'elle est encore à la clinique et qu'elle sera là dans quelques jours avec maman. 

Comme il ne peut pas me laisser seule à la maison, il m'emmène avec lui en voiture pour aller chercher des chaises dans un magasin de Casablanca. 

Il se gare et me laisse toute seule dans la voiture en me disant qu'il revient tout de suite. Très vite, il y a plein d'enfants qui s'approchent de la voiture et qui me regardent. Ils sont tous collés aux fenêtres. Moi j'ai très très peur. Alors je pleure et j'essaye de me cacher sous les sièges. Je ne veux plus voir tous ces yeux qui me fixent. Je veux que mon papa revienne, je veux qu'il me prenne dans ses bras et me serre sur son cœur pour me consoler, qu'il me dise qu'il est là, que tout va bien, que maintenant je suis en sécurité. 

Et puis il arrive... 

il ouvre la portière... 

il monte dans la voiture... 

Moi, entre deux sanglots je lui dis que j'ai eu très peur... j'attends qu'il me serre contre lui. J'ai besoin qu'il me réconforte. 

Mais lui, il éclate de rire, et se moque de mes pleurs.

J'ai alors entendu mon cœur se fracasser en mille morceaux, et senti les éclats se planter à jamais dans ma chair.

 Ce jour là, j'ai compris que je ne devais plus jamais attendre aucune tendresse de sa part.

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