6 mois après l'AVC de mon cher père, alors que je rentrais tranquillement en RER chez moi, un puissant malaise m'envahit à la station Châtelet.
Une impression terrible que j'allais mourir, vomir et avoir une méga courante. Je ne sentais plus mes jambes, la sonnerie annonçant la fermeture des portes retentissait, et il fallait à tout prix que je m'échappe de cet enfer, ma vie était en jeu.
Aujourd'hui encore, je me demande comment j'ai pu en un millième de seconde me retrouver sur le quai, hagarde, mais sauvée.
Mais une fois là, que faire ? Impossible de reprendre un RER, et mon chez moi était tout au bout de cette P--- de ligne. D'une cabine (c'était il y a trèèèèèès longtemps, pas de mobile) j'ai appelé au SECOURS un ami, qui tel un preux chevalier est venu me chercher dans sa 2 CV rouge pour me raccompagner chez moi.
Ce jour là, j'ai découvert le monde impitoyable des attaques de panique.
Il a fallu vivre avec pendant des mois, des années.
La peur au ventre à chaque fois que je devais monter dans un train, un métro, un RER, un bus, un avion et même un restaurant... Bref, tout ce qui était fermé avec du monde dedans. Un mélange de claustrophobie et d'agoraphobie.
Toujours avec cette impression que j'allais me vider par tous les bouts devant tous ces GENS !
Alors à partir de ce jour, mon sac était rempli de sacs en plastiques pour éviter de vomir sur les genoux de mes voisins de transport, de petites culottes en cas de courante aiguë et aussi quelques doses de Gelsemium (pas vraiment efficaces). A l'époque ça faisait beaucoup rire mes amis.
Je n'ai jamais eu besoin ni des sacs ni des culottes, mais ils étaient là et me protégeaient, au fond, c'est tout ce que je leurs demandais.
Une attaque de panique, pour moi, c'est un AIGLE géant qui non content de me planter ses serres dans les épaules, me recouvre entièrement avec ses ailes, pour que je ne puisse plus ni bouger, ni respirer. En fait il est impossible de se raisonner, tous les circuits buggent, il n'y a plus que des feux clignotant rouge qui font BIIIIP ! BIIIIIP ! DANGER ! DANGER !!!
Dans ces moments là, parler devient difficile, manger impossible, une seule chose passe, un verre d'eau.
Expérience au restaurant :
Un jour je croise un mec que je n'avais pas vu depuis des années et qui m'invite à dejeuner avec lui.`
Nous voilà dans une pizzeria, tout va bien, nous commandons, tout va bien. Quand soudain, je sens l'AIGLE se poser sur moi et lentement m'envelopper. Le mec en face, lui il ne voit rien, il continue à me raconter sa vie, son oeuvre, son mariage, en fait je ne saurais dire ce qu'il m'a raconté, j'étais en plein combat avec ce connard d'AIGLE. En plus, il a un super pouvoir, celui de faire en sorte que le brouhaha ambiant devienne terrifiant.
A l'époque, il ne me serait jamais venu à l'idée de me lever et de sortir, non, ça ne se fait pas. Quand on est une fille bien élevée, on prend sur soi, on serre les dents et les fesses et on essaye de garder un sourire de circonstance...
Je n'ai plus jamais eu de nouvelle du mec, lui il a pas vu l'AIGLE, mais il s'est retrouvé en face d'une fille qui ne bouffait rien, ne disait rien et souriait benêtement.
Ce qui est dur avec ces attaques de paniques ce sont les autres, qui ne comprennent pas, qui vous disent, prends sur toi, c'est pas grave, tout va bien se passer, t'es pas un peu chochotte, non ?
Je n'ai pas besoin de ça, parce que, une fois l'attaque passée, non seulement je suis crevée, mais en plus il y a Jiminy cricket qui se fait un malin plaisir de me susurrer à l'oreille :
T'es nulle, non mais t'as vu dans quel état tu te mets, t'as pas honte ?
Alors, les AUTRES, ne perdez pas votre temps, j'ai déjà mon personal coach Jiminy !
Lui, il n'est jamais là quand L'AIGLE arrive, parce que si il le rencontrait, il arrêterait de me faire chier et il aurait surement besoin que je le reconforte !
bref, aujourd'hui je rigole, mais à l'époque j'étais terrifiée.
Alors j'ai évité les restaurants, je me suis installée à Paris, j'ai acheté une vieille mini et n'ai plus pris les transports en commun.
P.S : Je vais beaucoup mieux, je me traite, mais si je suis fatiguée, la peur du retour de l'AIGLE revient, alors, je le guette...
Et MERDE à Jiminy !!!

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