Un matin, ma mère déboule dans ma chambre vers 8h pour me réveiller, elle était affolée, viens vite me dit elle, ton père a fait un malaise...
Mon père était inconscient, dans la cuisine, impossible à bouger. Le gardien est venu nous aider à le mettre sur un lit, le temps que le SAMU arrive.
Mon père était victime d'un AVC très sévère. Il avait 62 ans ma mère en avait 47. Nous étions 5 enfants, le plus jeune avait 14 ans.
Ce jour là, la vie de toute la famille a basculé dans un univers inconnu, terrifiant, bouleversant, déstabilisant.
Le SAMU est arrivé, mon père et ma mère sont partis à l'hôpital, et moi sous le choc, j'ai passé la matinée à laver à la main toutes mes petites culottes... Chacun réagit comme il le peut. Promis je vais essayé d'analyser POURQUOI les petites culottes.
Donc AVC très sévère qui a entrainé une aphasie totale. Mon père ne pouvait plus ni parler, ni lire ni écrire. Non pas qu'il soit devenu muet aveugle et paralysé des bras, non pas du tout, en fait c'est comme si on vous demandait de lire des hiéroglyphes, vous voyez les signes mais cela ne veut rien dire pour vous, vous ne pouvez plus former de mots pour parler, et pour l'écriture même chose que pour les hiéroglyphe, vous pouvez les copier mais de là à savoir ce que vous écrivez...
A partir de ce moment, ma mère s'est dévouée à mon père, elle est devenue son souffre douleur, elle a passé son temps à essayer de décoder ses désirs, sans beaucoup de succés. Elle s'est tant et si bien dévouée qu'elle a failli en mourir quelques années plus tard.
Un jour je lui ai demandé :
- Comment fais tu pour avoir toujours la foi ? (ma mère est une fervente catholique, et une vraie pratiquante, dans le bon sens du terme, quoique parfois un peu trop dans l'autoflagellation)
Ce à quoi elle m'a répondu :
- Si Dieu m'a envoyé cette épreuve c'est que pour lui je suis capable de porter cette croix.
Ce jour là, j'ai cessé de croire en Dieu.
Mon père a vécu 25 ans dans cet état, il est décédé le 1 janvier 2008.

P.S : mon père n'a jamais été capable de la moindre tendresse vis à vis de ses enfants, je n'ai aucun souvenir de moment de complicité avec lui. Il n'était pas méchant mais c'était un handicapé du sentiment... Grace à lui, ou à cause de lui, j'ai passé beaucoup de temps sur un divan.

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