Aujourd'hui je suis allée à l'enterrement du père d'une amie mais aussi d'un grand ami de ma mère.
Oui, quand on atteint la cinquantaine, on commence à enterrer les parents de ses proches...
L'église était bondée, tout le monde connaissait toutes les paroles, et savait quand il fallait se lever et s'asseoir. Moi, je ne crois plus depuis très longtemps, j'en ai déjà parlé ici. Je ne vais donc plus à la messe, si ce n'est les messes de mariage et d'enterrement. Les mariages cela fait longtemps que je n'en ai pas eus, et les enterrements, j'en ai eu trop et je sais que la cadence va s'accroître avec le temps. Bref, ce que je veux dire, c'est que je ne suis pas très entraînée pour ce genre de chose, la messe. Et pourtant je suis à chaque fois surprise de voir que les paroles reviennent toutes seules au bon moment. Les "Amen", "et avec votre esprit", "ainsi soit il" sortent sans l'ombre d'un problème. Même les chants, j'en connais les paroles, ou à peu près... Alors moi qui aime chanter, je chante, ça m'évite de trop pleurer.
Oui, je pleure beaucoup. Dabord, quand arrive le cercueil. Je ne vois pas un cercueil, je vois un homme allongé qui traverse l'église, un homme qui ne se lèvera plus, ne parlera plus, ne sera plus. Ensuite quand les enfants et petits enfants prennent la parole. Et aujourd'hui, j'ai surtout pleuré parce que cet homme était un VRAI papa. Cela m'a donc ramenée à mon père qui lui n'en était pas un.
Chaque fois que je touche du doigt ce qu'est un VRAi père, je pleure de ne pas en avoir eu un. Quand je vois la complicité entre un père et une fille, je suis bouleversée.
La première fois que j'en ai pris conscience, c'était il y a une quinzaine d'année, à l'époque j'avais un homme dans ma vie, nous ne vivions pas ensemble, mais nous nous voyions souvent et nous appelions tous les jours. Un soir, alors que nous étions au téléphone, il a un double appel, et me dit :
- je te rappelle c'est ma fille qui veut me raconter sa première journée de stage.
J'ai raccroché, et j'ai éclaté en sanglots. Quelque chose venait de m'exploser en plein cœur. J'ai alors eu une révélation :
- c'est donc ça un père ? Quelqu'un qui sait prendre le temps d'écouter et surtout quelqu'un a qui on peut parler de sa première journée de stage ?
J'ai redoublé de sanglots, cette simple phrase,
-je te rappelle ma fille veut me raconter sa première journée de stage -
m'a fait prendre conscience de cet immense vide qui me bouffe de l'intérieur.
Aujourd'hui, j'ai donc pleuré une fois encore sur ce manque.
Mais revenons en à nos moutons. Aller à une messe organisée par et pour des gens remplis de foi, c'est beau. Pas suffisamment pour que je revienne telle une brebis égarée, se repentant de ses écarts, non, il ne faut pas pousser. Mais c'est beau, c'est touchant, tout ce monde, cette chaleur, ces chants, on a même fait une grande chaîne en se tenant tous par la main.
Il a fallu que je me débarrasse vite fait du mouchoir en papier bien rempli que je serrais entre mes doigts, avant de prendre la main de mon voisin. Quelque soit son degré de foi, je ne pense pas qu'il aurait aimé se retrouvé collé dans mon mouchoir... Hormis cet incident, évité de justesse, je me suis bien tenue. J'ai même accompagné ma maman lorsqu'il a fallu bénir chacun son tour le cercueil. Elle, me glissant à l'oreille :
- mets-toi devant moi, je veux que l'on voit que tu es ma fille...
Aaaaaaaah, les mamans, quelque soit l'âge, il y a toujours cette fierté de montrer ses petits. C'est beau l'amour maternel !
Ensuite il y a eu le buffet déjeunatoire, et là, j'ai découvert l'art du troisième âge dans la gestion du dit buffet. Car, oui, c'est tout un art. Une fois qu'il a trouvé une brèche pour tenir la table, cela devient impossible de s'approcher. Quand il y est, il y reste. Quand il le quitte, il est vide.
Une vieille copine de ma mère veut m'emmener vers le buffet, je lui dit qu'il est très difficile d'y avoir accès, ce à quoi elle répond :
- Mais non, il faut juste faire " tut tut" et c'est bon !
Et là, je vois ma maman, qui je précise ne participait pas à notre conversation, réussir à se frayer un chemin en faisant en effet son "tut tut" à elle, en deux temps trois mouvements, elle y était. Une vraie pro.
J'ai encore beaucoup à apprendre, et c'est tant mieux !
Je rends ici hommage à Bernard, un VRAI papa.



